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Industrialisation locale et autosuffisance alimentaire : le Gabon durcit sa régulation économique

  • Photo du rédacteur: Glenn Scott
    Glenn Scott
  • 2 juin 2025
  • 12 min de lecture


Lors du Conseil des ministres du 30 mai 2025, le gouvernement gabonais a dévoilé une série de mesures de régulation économique sans précédent, marquant un tournant interventionniste dans sa stratégie de développement. Parmi ces annonces phares figure l’interdiction d’exporter du manganèse brut à partir de 2029, l’interdiction d’importer du poulet de chair dès 2027, et la création d’une centrale d’achat publique pour les produits de première nécessité. L’objectif affiché est double : accélérer l’industrialisation locale en retenant davantage de valeur ajoutée dans le pays, et renforcer la sécurité alimentaire ainsi que la protection du pouvoir d’achat face à la vie chère. Ce volontarisme économique s’inscrit dans la volonté des autorités de rompre avec le modèle rentier et importateur du passé, tout en répondant à des préoccupations sociales pressantes.


Valoriser les ressources minières sur le sol gabonais


Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, exporte historiquement la quasi-totalité de son minerai à l’état.

Cette matière première stratégique – utilisée notamment dans la fabrication d’aciers spéciaux et, de plus en plus, dans les batteries électriques – est un atout pour le pays, mais dont la transformation locale reste très limitée. Conscient de cette situation, le gouvernement a pris une décision radicale : à partir du 1er janvier 2029, l’exportation de manganèse non transformé sera interdite. Autrement dit, au-delà de cette date, tout le manganèse extrait du sous-sol gabonais devra être traité ou enrichi localement avant d’être vendu à l’étranger.


Cette mesure vise explicitement à développer une industrie nationale de transformation minière. En contraignant les opérateurs à investir dans des usines de traitement (par exemple pour produire du silico-manganèse, du manganèse métal, ou des précurseurs pour batteries), le Gabon espère capturer une part bien plus importante de la chaîne de valeur. Les bénéfices attendus sont multiples : création d’emplois qualifiés, transfert de technologies, augmentation des recettes fiscales (via la taxation de produits à plus forte valeur ajoutée) et réduction de la dépendance technologique. Le communiqué final souligne la volonté de « maîtriser les chaînes de valeur technologiques et consolider les recettes fiscales » grâce à cette industrialisation locale.


La décision gabonaise s’inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique ces dernières années, où plusieurs pays riches en ressources ont cherché à retenir davantage de valeur ajoutée sur leur sol. En 2023, un rapport de l’OCDE notait une multiplication par cinq des restrictions à l’exportation de matières premières industrielles depuis 2009, motivées par des stratégies de souveraineté et d’industrialisation.

Des pays comme la République démocratique du Congo ou le Zimbabwe se sont illustrés en imposant des interdictions totales d’exportation de minerai brut (cobalt, chrome, lithium, platine, etc.) afin de contraindre les compagnies minières à construire localement des unités de transformation. Ces politiques volontaristes traduisent une tension entre des logiques budgétaires de court terme et des ambitions industrielles de long terme. En effet, à court terme, empêcher l’exportation brute peut priver l’État de devises et de revenus faciles, mais l’objectif à long terme est de bâtir une économie plus diversifiée et résiliente.


Néanmoins, les exemples africains offrent aussi des enseignements de prudence. Le même rapport de l’OCDE souligne que nombre de pays exigeant de telles restrictions ne disposent pas encore des infrastructures de transformation compétitives pour réellement traiter tous leurs minerais.

La RDC, par exemple, manque d’électricité stable pour faire tourner des fonderies de cuivre/cobalt à pleine capacité. Le Zimbabwe, malgré l’interdiction d’exporter du minerai de chrome depuis 2011 puis de lithium brut en 2022, se heurte aux réalités d’un climat des affaires difficiles et d’un sous-investissement chronique, qui freinent l’émergence des usines locales. Les risques identifiés incluent la fragmentation des chaînes d’approvisionnement mondiales, d’éventuelles mesures de rétorsion de partenaires commerciaux ou d’investisseurs, et l’inefficacité économique si les coûts de transformation locale sont trop élevés comparés aux standards. En somme, la réussite de l’interdiction du manganèse brut au Gabon dépendra de la disposition du pays à combler ses lacunes structurelles (énergie, compétences, financement) d'ici à 2029, sans quoi la mesure pourrait pénaliser l’industrie minière plus qu’elle ne la transforme.


Du côté des acteurs privés, notamment la Compagnie Minière de l’Ogooué (COMILOG, filiale du Français Eramet, principal producteur de manganèse au Gabon), cette annonce constitue un défi stratégique majeur. Ces entreprises devront soit investir dans la construction d’unités de transformation (seules ou en partenariat avec l’État ou d’autres investisseurs), soit faire face à l’éventualité de devoir réduire leurs exportations si elles ne s’adaptent pas. COMILOG exploite déjà un Complexe Métallurgique à Moanda, produisant du manganèse sous forme d’oxyde et d’alliages à petite échelle, ce qui offre une base industrielle initiale. Mais pour absorber des millions de tonnes de minerai aujourd’hui expédiées brutes, il faudra aller bien plus loin. La crédibilité de la mesure gouvernementale sera donc scrutée : une mise en œuvre rigoureuse (par exemple, refus de tout passe-droit après 2029) inciterait les industriels à investir dès maintenant, tandis que d’éventuels reculs ou exemptions pourraient en affaiblir la portée.


Viser l’autosuffisance alimentaire en protégeant la filière avicole

La deuxième mesure choc concerne le secteur agro-alimentaire : l’interdiction d’importer du poulet de chair à compter du 1er janvier 2027.

.Le Gabon, comme de nombreux pays africains, importe une grande partie de sa consommation de volaille, notamment des cuisses de poulets congelées en provenance d’Europe ou du Brésil, souvent à des prix défiant toute concurrence pour les éleveurs locaux. Ce flux d’importations a longtemps freiné le développement d’une production avicole nationale compétitive. En prohibant purement et simplement ces importations d’ici moins de deux ans, le gouvernement entend stimuler l’investissement dans l’élevage de volaille sur le territoire, réduire la dépendance alimentaire vis-à-vis de l’extérieur, et renforcer la balance commerciale en évitant une hémorragie de devise.


Cette décision s’inscrit dans une optique de souveraineté alimentaire. Elle vise à « redonner toute sa place à la production avicole nationale » et à faire émerger un tissu d’emplois ruraux autour de cette filière stratégique.

Concrètement, cela signifie que les éleveurs gabonais de poulets de chair devraient voir la demande locale exploser une fois que la concurrence des produits importés aura disparu. Le gouvernement accompagne d’ailleurs cette annonce par la promesse de lignes de crédit préférentielles pour les éleveurs et d’autres incitations, afin de leur permettre d’augmenter rapidement leurs capacités de production..


Des expériences africaines récentes montrent que de telles mesures protectionnistes peuvent avoir un impact très positif sur la filière locale, à condition qu’elles soient bien appliquées et accompagnées de politiques de soutien adaptées. Le Sénégal est souvent cité en exemple : à la suite de l’épizootie de grippe aviaire, Dakar a suspendu en 2005 les importations de volailles et a depuis maintenu cette interdiction, ce qui a permis à la production nationale de poulet de croître fortement.

Aujourd’hui, le marché sénégalais du poulet est essentiellement approvisionné par des éleveurs locaux, la filière avicole y étant devenue florissante et bien portante car protégée de la concurrence étrangère bon marché. Comme le rappellent les autorités, « l’importation des cuisses de poulet est interdite au Sénégal depuis 2005 pour protéger la filière avicole et la santé publique ». Cette protection prolongée a donné aux producteurs le temps d’investir, d’apprendre et de gagner en productivité, jusqu’à atteindre un niveau où ils peuvent fournir le marché à des prix raisonnables.


À l’inverse, le cas du Nigeria souligne les défis d’une interdiction dans un grand marché. Le Nigeria a officiellement banni les importations de volaille depuis 2002.

, mais la demande locale – non satisfaite pleinement par la production intérieure – a alimenté un vaste trafic de contrebande via les pays voisins. Des milliers de tonnes de poulets congelés entrent illégalement chaque année au Nigeria, illustrant la difficulté à faire respecter une interdiction lorsqu’un écart important persiste entre l’offre locale et la consommation. Pour éviter ce type de contournement, le Gabon devra veiller à augmenter rapidement son offre de poulet local et éventuellement à contrôler rigoureusement ses frontières (ce qui est plus aisé pour un pays côtier aux frontières limitées, que pour un géant comme le Nigeria).


À court terme, les risques de cette mesure pour le Gabon pourraient être une inflation des prix du poulet si la production locale ne prend pas le relais à temps. Le poulet importé (souvent bas de gamme, congelé) est aujourd’hui une source de protéine animale accessible pour une partie de la population. Supprimer cette offre sans substitution suffisante pourrait créer une pénurie et renchérir le poulet local. C’est pourquoi les deux années d’ici 2027 devront être mises à profit pour doper la filière : faciliter l’accès des éleveurs aux crédits (comme promis), subventionner éventuellement l’importation d’intrants (aliments pour volaille), développer des couvoirs et abattoirs, encadrer les prix pour éviter la spéculation pendant la transition, etc. Les importateurs et distributeurs actuels de poulets congelés, de leur côté, devront se reconvertir vers la commercialisation de production locale, ce qui exigera des efforts de logistique (chaînes du froid locales, contrats avec des fermes gabonaises).

En termes d’acceptation sociale, la mesure semble en phase avec un sentiment croissant en Afrique : celui qu’il faut manger ce que l’on produit et ne plus dépendre des surplus étrangers. Toutefois, le succès dépendra de la capacité de la filière gabonaise à monter en puissance. Des pays comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire ont par le passé envisagé des restrictions sur les produits avicoles, sans toujours passer à l’acte ou en optant pour des hausses de tarifs douaniers plutôt qu’une interdiction pure et simple, précisément parce que la production locale n’était pas prête à couvrir l’ensemble de la demande. Le Gabon prend donc une décision audacieuse, qui pourra inspirer d’autres pays si elle réussit, ou servir de mise en garde si elle se traduit par des difficultés d’approvisionnement.


Garantir l’accès aux produits de base : la centrale d’achat publique


La troisième mesure annoncée vise à combattre directement la vie chère qui érode le pouvoir d’achat des Gabonais, en particulier depuis la flambée inflationniste de ces dernières années. Le président Oligui Nguema a instruit la mise en place, dans les meilleurs délais, d’une centrale d’achat des produits de première nécessité.

Cette structure publique sera chargée d’approvisionner régulièrement le marché national en denrées essentielles à des prix maîtrisés, tout en luttant contre la spéculation des intermédiaires. Autrement dit, l’État envisage de jouer un rôle direct d’acheteur et éventuellement de distributeur/grossiste pour certains biens de grande consommation, afin d’en contrôler le coût pour les ménages.


Selon la communication officielle, cette centrale d’achat aura pour missions principales de garantir l’accès des populations aux produits de base à des prix abordables, de stabiliser les coûts de ces biens et d’assurer une distribution équitable sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones enclavées souvent frappées plus durement par la vie chère.

. Il s’agit donc d’un outil de régulation des marchés, qui interviendrait pour lisser les hausses de prix et éviter les pénuries artificielles. En outre, la centrale devrait permettre de constituer des stocks stratégiques de sécurité, renforçant la résilience nationale face à des chocs externes (crises sanitaires, perturbations des chaînes logistiques, catastrophes naturelles). Ces réserves publiques contribueraient à prévenir les pénuries et à protéger les populations les plus vulnérables en cas de crise.


Ce concept de centrale d’achat n’est pas totalement nouveau en soi. Historiquement, de nombreux pays ont eu recours à des offices d’approvisionnement étatiques pour des produits stratégiques. Par exemple, des offices des céréales, du sucre ou du pétrole ont existé pour sécuriser l’approvisionnement à des coûts soutenables. Cependant, dans le contexte actuel de marché libéralisé, la plupart de ces structures avaient été abandonnées ou réduites dans leur rôle, au profit du secteur privé, sauf en cas de situation d’urgence. La démarche du Gabon indique une volonté de reprendre la main sur la régulation des prix alimentaires de base, estimant que le libre jeu du marché n’a pas suffi à protéger les consommateurs.

Des pays comme le Maroc ou l’Algérie par exemple subventionnent directement certains produits (farine, sucre, carburant) pour contenir les prix, mais n’ont pas forcément de centrale d’achat unique. En Afrique de l’Ouest, face à l’envolée des cours du riz ou du blé, certains gouvernements ont effectué des importations massives via des marchés publics pour inonder le marché local et faire baisser les prix, ou ont exonéré de taxes les importations de denrées

La solution gabonaise semble être de créer une entité dédiée qui pourrait acheter en gros, stocker et redistribuer les produits de première nécessité (par exemple riz, huile, lait, farine, sucre, etc.), possiblement en vendant à prix subventionné ou en fixant des marges réduites.


Les avantages attendus sont une meilleure capacité à juguler l’inflation importée et les hausses injustifiées. L’État, achetant en volume, pourrait négocier des tarifs à l’international et limiter les coûts d’intermédiation. En outre, la constitution de stocks permettrait d’atténuer l’effet des pénuries saisonnières ou des flambées spéculatives. Pour les consommateurs, cela peut se traduire par des produits vendus moins chers que s’ils étaient laissés aux seules mains du privé, notamment dans des périodes tendues.


Cependant, là encore, la réussite dépendra de la gouvernance et des moyens alloués. Monter une centrale d’achat efficace requiert une expertise logistique et commerciale pointue, pour acheter aux meilleurs prix, minimiser les pertes, acheminer les produits partout et éviter la corruption. Le risque, sinon, est de recréer des anciens schémas de commerce d’État lourds et peu efficaces. Si la centrale d’achat n’est pas suffisamment dotée, elle ne pourra pas réellement peser sur les prix du marché. À l’inverse, si elle s’arroge un monopole mal géré, cela pourrait décourager les importateurs privés et créer des dépendances dangereuses.


En outre, financer la stabilité des prix peut coûter cher au Trésor public si les cours mondiaux sont élevés. Il faudra définir quels produits cibler en priorité et jusqu’à quel point subventionner. Par exemple, le secteur des carburants au Gabon bénéficie déjà de subventions, tout comme certains produits alimentaires de base via la TVA à taux réduit. La centrale d’achat pourrait étendre ou rationaliser ces aides, mais elle devra éviter de devenir un gouffre financier. Des partenariats public-privé pourraient être envisagés, en impliquant par exemple des importateurs locaux dans la gestion de stocks, ou en utilisant les infrastructures de stockage du secteur privé sous contrôle public.



Un volontarisme bienvenu, mais quelles capacités pour le réaliser ?


Les décisions du gouvernement gabonais témoignent d’une ambition de reprise en main stratégique de l’économie, en misant sur l’industrialisation locale et l’autosuffisance. Ces orientations répondent à des aspirations de souveraineté de plus en plus présentes dans le discours politique africain : ne plus être seulement fournisseur de matières premières bon marché, ne plus être totalement tributaire des importations pour se nourrir, et protéger ses citoyens contre la vie chère. En ce sens, le Gabon se place dans le sillage d’autres pays du continent qui ont fait des choix similaires, que ce soit dans le domaine minier ou agricole.


Cependant, l’écart entre l’ambition et la réalité sur le terrain devra être attentivement comblé par des actions concrètes et soutenues. Sur le plan industriel, la transformation minière requiert des investissements colossaux et une infrastructure fiable (électricité, transports, compétences techniques). Le succès de la mesure sur le manganèse dépendra largement de la capacité du Gabon à créer un environnement propice pour que des usines métallurgiques voient le jour. Si d’ici 2029, une ou deux grandes unités de transformation du manganèse sortent de terre (peut-être grâce à des joint-ventures avec des sociétés chinoises, européennes ou autres, intéressées par sécuriser des approvisionnements en alliages), alors l’interdiction prendra tout son sens. Dans le cas contraire, le risque serait un manque à gagner si le minerai devait rester dans le sol faute de débouchés transformés, ou un recul du Gabon sur le marché mondial face à d’autres producteurs qui, eux, continueraient à exporter librement.


Sur le plan agricole et alimentaire, l’interdiction du poulet importé sera un véritable test de résilience pour la filière locale. Les éleveurs gabonais pourront-ils quadrupler ou quintupler leur production en deux ans ? Cela suppose d’investir dans des milliers de nouveaux poulaillers, d’assurer l’approvisionnement en aliment pour volaille (souvent importé, lui aussi, du moins pour les ingrédients comme le maïs ou le soja), de maîtriser les questions sanitaires pour éviter les épidémies dans des élevages intensifs naissants, et d’organiser la collecte et la distribution de volaille fraîche ou congelée sur tout le territoire. Un enjeu connexe sera de garder les prix abordables : la production locale, initialement, pourrait coûter plus cher que les poulets congelés bradés sur le marché mondial. Le gouvernement sera peut-être amené à soutenir temporairement les éleveurs par des subventions à la production ou à la consommation, afin que le consommateur gabonais ne voie pas le poulet devenir un produit de luxe.


Dans ce processus, le timing est serré. 2027 pour le poulet, c’est demain à l’échelle d’une filière de production. 2029 pour le manganèse, c’est après-demain dans l’horizon d’investissement minier. La centrale d’achat, quant à elle, devrait être opérationnelle dès 2025-2026 si elle veut avoir un impact rapide sur l’inflation. Cela signifie que l’administration gabonaise doit se mobiliser intensément dès maintenant. On peut saluer la cohérence globale du plan – lier industrie, agriculture et commerce pour un développement plus autonome – tout en soulignant que chacune de ces pièces demande une exécution technique pointue.


Les acteurs économiques auront aussi leur rôle à jouer et leurs intérêts propres. Les compagnies minières internationales au Gabon (outre Eramet, des entreprises chinoises exploitent également du manganèse) devront décider soit de collaborer avec l’État pour construire des usines, soit de réorienter potentiellement leurs investissements vers d’autres pays si elles jugent la contrainte trop forte. Les importateurs de denrées alimentaires et les grandes surfaces, de leur côté, risquent de voir une partie de leur activité bouleversée par l’arrivée d’une centrale d’achat publique : il faudra les impliquer pour éviter qu’ils n’adoptent des comportements de contournement ou qu’ils n’abandonnent le marché, ce qui pourrait nuire à l’approvisionnement. Un dialogue public-privé sera utile pour calibrer la mise en place de la centrale d’achat de façon à complémenter l’initiative privée plutôt que la cannibaliser – par exemple en se concentrant sur les zones ou les produits où les défaillances de marché sont avérées (zones enclavées, produits non subventionnés actuellement, etc.).


Enfin, l’opinion publique gabonaise sera attentive aux résultats. Ces mesures ont été accueillies favorablement par une partie de la population, lassée de voir les richesses nationales peu profiter au pays et subissant la vie chère. Mais si, d’ici quelques années, le constat était une augmentation des difficultés (chômage dû à une baisse de l’activité minière, prix du poulet qui flambe, pénuries de certains produits), le soutien pourrait se muer en déception. À l’inverse, des premiers succès tangibles – une nouvelle usine qui ouvre, des élevages qui prospèrent, une baisse effective de certains prix en magasin – conforteront la légitimité de ce tournant politique.



En résumé, le Gabon fait le pari d’une économie plus souveraine et maîtrisée, en s’inspirant de politiques déjà expérimentées ailleurs en Afrique tout en imprimant son propre rythme. Cette stratégie comporte des risques non négligeables, mais aussi des opportunités de développement considérables. Elle reflète un choix assumé : celui de privilégier le long terme (industrialisation, autosuffisance) sur le court terme (recherche de la rente immédiate et consommation à bas prix importée). Le challenge consistera à tenir le cap malgré les obstacles, et à démontrer que ce volontarisme peut porter ses fruits pour l’économie gabonaise et le bien-être de sa population. Les prochaines années seront décisives pour évaluer si le Gabon parvient à concrétiser ces ambitions et à servir de modèle à d’autres pays africains en quête de souveraineté économique.

 
 
 

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